SAVOIR FAIRE

MÉGISSERIE ET TANNAGE

La naissance d’un gant va se produire à la mégisserie. Les peaux destinées à la ganterie arrivent sèches avec un aspect parcheminé. Le premier travail du mégissier consiste à redonner jeunesse et vie aux peaux. Elles sont alors baignées dans une eau enrichie d’adjuvants. Les peaux sont ensuite rognées puis passées dans un bain de chaux pendant une semaine. Puis, elles sont préparées pour le tannage, une opération essentielle qui va stabiliser la peau et la rendre imputrescible. Enfin, viennent les étapes du palissonnage qui va rendre toute sa souplesse à la peau, la teinture et la mise à l’épaisseur de la peau pour l’amener à ce que souhaite le gantier.

Georges Morand rentre alors en scène. La confection d’un gant nécessite de nombreuses opérations, parfois une centaine, pour que la peau se plie aux exigences du maître-gantier. Certaines de ces opérations sont réalisées avec des outils qui sont utilisés depuis des siècles. L’œil est avisé et les gestes maitrisés, minutieux, patients et délicats. Ces méthodes artisanales et ancestrales s’acquièrent au fur et à mesure et se transmettent de génération en génération. Cet héritage, la maison Georges Morand l’exalte et le fait perdurer pour l’inscrire encore aujourd’hui dans un métier d’excellence.

TRIAGE

L e triage des peaux constitue un préalable indispensable, avant la coupe proprement dite. Sous le regard expert de l’artisan, les peaux sont classées par couleur et par taille, puis regroupées en lots, suivant les exigences de la commande. Le travail consiste alors à déterminer, à l’aide d’un gabarit, le nombre maximum de gants réalisables. Chacune des peaux est ensuite mise à l’humide, c’est-à-dire déposée sur une toile humectée d’eau afin qu’elle absorbe une petite quantité d’humidité. Ainsi gagne-t-elle en souplesse et devient-elle plus malléable.

DOLAGE

Le dolage est destiné à dérider la peau et à lui redonner sa souplesse. il poursuit également un autre but : obtenir une épaisseur de peau parfaitement uniforme. En effet, celle-ci varie selon les parties du corps de l’animal. Plus épaisse sur l’échine, elle s’amincit progressivement le long des flancs. Une fois réalisée, l’opération permet de donner à la peau la plus grande surface possible. Le dolage reste un travail particulièrement délicat. Pratiqué manuellement à l’aide d’un couteau à doler, il nécessite une vigilance de tous les instants. Un manque d’attention ou une erreur de manipulation peuvent rayer ou déchirer la peau, épaisse de quelques millimètres seulement, et la rendre inutilisable. Ce geste peut également être réalisé au moyen d’une machine à doler. Certaines se composent d’une meule, recouverte d’une matière abrasive, qui tourne à grande vitesse. D’autres sont constituées de roues spéciales, supportant des lames tranchantes.

DÉPEÇAGE

A vec le dépeçage, la peau s’apprête à subir une nouvelle épreuve. Elle est étirée à son maximum afin que le gantier détermine l’emplacement des différentes parties qui vont composer le gant. il ne lui reste plus qu’à découper, à l’aide de ciseaux, les rectangles de peau qu’il va utiliser. Cette manipulation exige une attention toute particulière. En effet, l’artisan doit tenir compte de l’élasticité de la peau. il doit aussi prévoir les surplus nécessaires à la couture, ainsi que l’emplacement des diverses fournitures qui seront découpées séparément, comme les pouces ou les morceaux de peau destinés à former l’entre-doigt (également appelé fourchette). Il effectue ses mesures à l’aide de règles adaptées à la forme de gant souhaitée. Pour cela, le gantier prend également en compte les défauts mineurs subsistants sur la peau afin de les placer sur les chutes ou sur les coutures.

ÉTAVILLONNAGE

U ne fois le dépeçage réalisé, les rectangles de peau sont à nouveau étirés pour leur donner leur forme définitive. Pour étavillonner, le coupeur passe vivement la peau sur un coin de la table en tirant sur les deux extrémités pour l’allonger. Le gant ainsi étiré pourra s’élargir au porter, grâce au cuir que le gantier y a introduit lors de cette opération. Après usage, il suffira de l’étirer dans le sens de la longueur pour qu’il reprenne sa forme originale, sans que sa taille jamais ne varie au cours de sa vie.

LA COUPE AU CALIBRE

Ils sont découpés suivant les contours d’un calibre en carton où sont indiqués la fente des doigts, l’emplacement du pouce et celui des boutons éventuels. Chaque calibre correspond à un modèle de gant particulier. En 1830, Xavier Jouvin, ouvrier gantier de son état, a l’idée de répertorier et de classer les différentes formes de mains, afin d’harmoniser la production de gants. Selon les proportions de la main et l’élasticité de la peau, il détermine trente-deux grandeurs correspondant à cinq formes particulières : très effilé, effilé, moyen, large et très large. Un tableau contenant trois cent vingt-deux références répertorie ainsi toutes les tailles, depuis la main d’enfant jusqu’à la plus forte main d’homme. À chaque forme correspond un gabarit spécifique utilisé pour la préparation de la découpe.

De nos jours, chez Georges Morand, les formes sont informatisées, elles ont suivi l’évolution des mensurations des populations et la gradation est réalisée automatiquement afin d’avoir la meilleure régularité possible.

LA FENTE A LA MAIN DE FER

La main de fer est le nom donné au dernier outil utilisé lors de la coupe du gant. C’est également à Xavier Jouvin que l’on doit son invention. Jusqu’alors, les artisans gantiers découpaient les peaux à l’aide de ciseaux analogues à ceux des cordonniers, ce qui rendait la tâche particulièrement fastidieuse. La main de fer est un emporte-pièce à la forme exacte du gant sur lequel l’artisan place les rectangles de peau. Lors de la découpe, également appelée fente, les doigts sont séparés et l’emplacement du pouce est évidé. Pour y parvenir, le gantier utilisait un balancier qui venait exercer une pression sur la main de fer, assurant ainsi la fente du gant. Cette technique, qui nécessitait une force manuelle importante, ne s’utilise plus aujourd’hui. La presse hydraulique s’est progressivement substituée au balancier. Chez Georges Morand, elle est de plus en plus remplacée par la découpe numérique assistée par ordinateur, plus précise.

L’ASSEMBLAGE : couture et doublure

L a couture du gant fait appel, elle aussi, à plusieurs techniques. L’assemblage des pièces peut s’effectuer par différentes variétés de points. Pour la couture en surjet, les deux coupes sont réunies bord à bord par un fil qui vient recouvrir le cuir. La couture sellier ressemble à la précédente, mais les pièces sont unies par un fil qui traverse le cuir de part en part. Enfin, la couture est dite piquée lorsque les deux parties du cuir se chevauchent et sont cousues l’une sur l’autre. Dans le cas d’une couture en surjet, le montage du gant respecte un ordre précis. Dans un premier temps, le pouce est fixé à l’emplacement laissé béant lors du passage dans la main de fer.  La piécette triangulaire, qui laisse au pouce une plus grande liberté par rapport à celle des doigts, est montée dans un second temps. Viennent ensuite les fourchettes, ces fines lanières de cuir donnant une épaisseur au doigt.

L’ORNEMENTATION

La couture et la doublure ont habillé le gant en lui apportant une touche de fantaisie. L’ornementation est la partie la plus créative après le travail de la forme. Elle lui donne son style. Il existe une grande variété dans la fantaisie : simples nervures, entrelacements, tressages, laçages, applications de cuir ou de toutes autres matières, boutons, boucles, incrustations, velcro ou ornements métalliques. Il existe également trois grandes familles de broderie: le filet, la nervure et la broderie au métier.

LES FINITIONS : baguettage et dressage « main chaude »

A près la couture viennent les finitions. A l’aide d’une baguette en forme de pince à linge, la couture de chaque doigt est vérifiée, c’est le baguettage. Le passage sur la main chaude vient clore la finition. Durant les phases précédentes, le gant a subi de rudes épreuves. Froissements, pliages et déformations successives ont altéré sa tenue. Afin de lui redonner vie et de le présenter sous son meilleur jour, le gant est placé sur une forme chauffée (la main chaude). Cette opération – appelée dressage – s’accompagne ensuite d’un lissage.  Les gants de suède sont ainsi brossés à la main ou à l’aide de brosses tournantes. Les gants glacés subissent l’action de manchons tournants et reçoivent ainsi tout le brillant désiré.

Un dernier contrôle et les gants sont prêts à être expédiés à la vente… enfin prêts à être portés.